___Ils sont devenus une banalité, de simples mots que l'on jette à la va vite pour finir une discussion, pour dire au revoir, ou juste pour combler un vide, un blanc. Ces mots sonnent creux, ou plutôt ils ne sonnent pas, ils ne sonnent plus. La douce mélodie qu'ils procuraient avant s'est éteinte. Ces mots étaient si durs à dire, même le chuchoter demander une grande confiance en soit, et une certitude. Car ces mots représentaient tellement de chose, tellement d'émotion, avec ces trois simples mots on pouvait faire effondrer les murs, mourir de bonheur, se noyer dans ses larmes de joie. Maintenant ils sont dits trop vite, trop sèchement, sans émotions apparentes. On ne les dit presque plus, on les écrit tellement, on les raccourcit, on les rétrécit, pour qu'ils ne forment plus qu'un seul mot, ou alors trois simples lettres dépourvues d'émotions. Trois lettres qui ne veulent rien dire, ce mot n'est pas dans le dictionnaire, n'est pas dans mon dictionnaire, je ne le comprends pas. On le dit à ses amis, on le dit à des gens qu'on ne connait pas vraiment, on le glisse comme si c'était un mot de tous les jours, on le dit comme si on disait "bonjour" ou "bye". Non moi ca me va pas, pas du tout. Pour moi ce sont des mots sacrés, on ne les dit pas n'importe comment, on ne les dit pas innocemment. Si on les dit on les pense, si on les dit on assume leurs conséquences. Peut être que je suis trop démodée, peut être que c'est mal de les prendre toujours au premier degrés. Ces trois mots on les touche pas, on les rétrécie pas, on les colle pas. Ils faut faire attention, car ces mots peuvent tuer, peuvent nous tuer, tuer les personnes à qui on les dit. Car ses mots sont pleins de bonheur, remplis d'espoirs, il ne faut surtout pas les laisser tomber, les laisser s'échapper. Car quand enfin on ose les dire, ces fameux mots, la seule chose qu'on attend en retour, c'est entendre les mêmes. Et quand on les entend, on a ce sourire idiot, ces larmes aux yeux, l'envie de pleurer, faire couler toutes ces larmes qu'on n'a jamais voulu laisser échapper, toutes ses larmes qu'on gardait les soirs où seul on imaginait enfin entendre ces mots. Ils sont tellement simples, tellement beaux, pourquoi tout le monde à oublier leur douce symphonie. Sentir le souffle de quelqu'un dans notre cou, qui nous susurre ces trois simples mots. Il faut arrêter de les dire sans les penser, ne pas oublier leur vraie signification.